Covid-19 et Milgram : comment se fabrique l’obéissance à l’autorité ? Abonnés

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Malgré quelques mouvements de résistance, la plupart de la population s’est résignée à obéir aux restrictions sanitaires, malgré leurs conséquences parfois dramatiques. Pourquoi cette docilité ? Éléments de réponses à travers l’expérience de psychologie sociale de Milgram.

Covid-19 et Milgram : comment se fabrique l’obéissance à l’autorité ?
Le 9 octobre 2021

Confinements, port du masque, attestations de sorties, couvre-feu et désormais pass sanitaire…  Comment se fait-il que les Français, pourtant perçus comme un peuple révolutionnaire, peu docile, voire grincheux, aient été aussi obéissants aux restrictions de liberté inédites ces derniers mois ? Pour trouver des clés de réponse à cette question si fondamentale, on peut par exemple chercher dans l’histoire — comme l’a abordé David Engels dans un entretien que nous avons réalisé avec lui —, mais aussi et surtout dans la psychologie sociale. La psychologie des foules (Gustave Le Bon), la fabrique du consentement (Noam Chomsky) ou la propagande publique (Edward Bernays) sont des portes d’entrée évidentes pour aborder cette question, mais ce ne sont pas les seules. L’expérience de Milgram, du nom de son auteur, l’américain Stanley Milgram (1933-1984), l’un des plus grands psychologues du XXe siècle, n’a peut-être pas de rapport direct avec la question sanitaire à première vue. Pourtant, il est possible d’en tirer certains enseignements.

Apparition d'un conflit moral

Cette expérience conduite entre 1960 et 1963 avait pour but d’évaluer le degré d’obéissance d’un individu à une autorité. Mais pas n’importe laquelle : une autorité perçue comme légitime. L’objectif est de mettre en évidence un acte de soumission, c’est-à-dire une action qui aille contre la conscience de l’individu, réalisée sous la pression d’un conflit moral.

Le déroulement de l’expérience est assez simple : un laboratoire scientifique publie un appel à participer à une expérience scientifique dont le but officiel est d’évaluer l’efficacité de certaines méthodes dans la mémorisation et l’apprentissage. Les volontaires entrent dans le laboratoire par binôme et sont accueillis par des scientifiques en blouse blanche, qui portent les attributs de leur autorité. Les participants sont désignés au hasard l’un « élève » et l’autre « professeur ». L’élève est installé sur une chaise électrique dans une pièce distincte tandis...

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