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L’extrême centre, l’impensé politique de cette élection présidentielle Abonnés

Rempart contre le chaos, choix de la raison... En agitant la peur d'extrêmes fantasmés, le centrisme autoritaire agit comme un populisme des élites. Analyse.


L’extrême centre, l’impensé politique de cette élection présidentielle
Le 8 avril 2022

Le soir de sa victoire à la présidentielle de 2017, Emmanuel Macron faisait une promesse à ses électeurs : « Je ferai tout, dans les cinq années qui viennent, pour qu'il n'y ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » Cinq ans plus tard, il confesse son échec au micro de France Inter, une semaine avant le premier tour auquel il se représente : « Il y a un grand dérèglement dans nos sociétés. On l’a vu avec la pandémie, le dérèglement du vivant et le dérèglement écologique. Un dérèglement aussi géopolitique. Le dérèglement des consciences lié aux réseaux sociaux… Tout ça crée dans notre société des peurs. Et ceux qui jouent avec les peurs montent. Donc je n’ai pas réussi à l’endiguer. » Loin d’un mea culpa sincère, cette réaction incarne une stratégie politique bien précise, celle de l’extrême centre, que le président-candidat semble disposé à réitérer.

Si l’anathème d’« extrémiste » fuse pour facilement disqualifier à droite ou à gauche les discours critiques envers l’Union européenne, le capitalisme mondialisé ou encore l’immigration, le terme d’extrême centre demeure le grand absent de notre vocabulaire politique. Et pourtant, ce concept tient une place particulièrement importante dans notre configuration actuelle. C’est à l’historien Pierre Serna que l’on doit la paternité de ce concept socio-politique qu’il théorise en 2005 dans son ouvrage La République des girouettes : 1789-1815 et au-delà : Une anomalie politique française, la France de l’extrême-centre. Après deux ans de mandat macronien, ce spécialiste de la Révolution française réactualise son idée dans L'Extrême Centre ou le poison français : 1789-2019, paru en 2019.

La tyrannie du juste milieu

Se référant au Consulat, Pierre Serna décrit l’extrême centre comme ayant pour but de discréditer la démocratie vue comme une confrontation politique dans un cadre parlementaire. Ses partisans cherchent à opposer à l'alternative droite-gauche une...

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